Arnould Galopin



Quelle bonne idée ont eu les défricheurs de L'Arbre Vengeur (une maison dont on ne dira jamais assez de bien) d'aller repêcher Arnould Galopin (déjà, s'appeler comme ça c'est juste incroyable). Prolifique auteur de romans populaires en fascicules et d'oeuvres diverses et variées, le pauvre Arnould (1863-1934), malgré son nom, n'a pas creusé son sillon dans la mémoire collective... et pourtant. Ce simple texte, Le Bacille (1928), mérite vraiment une redécouverte enthousiaste.

Il y est question de Martial Procas, un jeune et beau scientifique spécialiste de la bactériologie. Adulé par de nombreuses admiratrices qui viennent le reluquer pendant ses cours à la Sorbonne, la vie de Martial semble idyllique. Il tombe même amoureux de Meg, un belle américaine. Jusqu'au jour où (car il y a toujours un "jusqu'au jour où") il découvre que Meg le trompe et là... accrochez vous... il est foudroyé par une crise de cyanose, une asphyxie qui le transforme en monstre. Sa peau devient bleue et ses yeux jaunes! Imaginez le drame. Commence alors une vie de solitaire, de reclus. Son physique lui interdit tout rapport social. Les gens le fuient, l'insultent, le soupçonnent des pires méfaits. Seul un chien errant, Mami, vient lui apporter un peu de réconfort.
Un beau jour (pas si beau que ça), un enfant disparaît dans le quartier... Rapidement, on soupçonne cet homme seul et repoussant, que l'on surnomme 'L'horreur', "ce monstre bleu, ridicule et sinistre, plus hideux qu'un masque japonais" (sa propre image dans le miroir). Les habitants, poussés par l'euphorie de groupe, s'acharnent à démontrer sa culpabilité. Le pauvre freak n'a plus qu'une seule solution face à l'opprobre et la médisance, une vengeance d'intellectuel, un coup, le terrorisme biologique!
Vous me ferez le plaisir de lire ce livre unique et mystérieux, hallucinante fable sur la violence sociale, le désir de notoriété, la différence et la solitude, matinée d'ambiances rappelant Franju ou Le Fantôme de l'Opéra. Une pépite, j'vous dis!!!

Editions l'Arbre vengeur. 2011. Illustrations de Hugues Micol.